Séminaire de philosophie du droit

La peine de mort Philippe Audegean

, par Le webmaster

Dispose-t-on vraiment de raisons pour contester la légitimité de la peine de mort ? La position abolitionniste n’est-elle pas au contraire le produit d’une intuition morale qui reste au fond indémontrable ?

On rappellera ici un fait d’histoire : la question du droit de vie et de mort n’a pas toujours fait l’objet d’un débat entre le pour et le contre. Pendant longtemps, au contraire, il n’y avait tout simplement pas débat. Les raisons avancées par les abolitionnistes doivent-elles alors être considérées comme le produit d’une nouvelle intuition morale qui a fini par gagner certains esprits dans la seconde moitié du XVIIIe siècle ? Ou doit-on y voir un signe des progrès indiscutables de la rationalité ?

Cette seconde hypothèse paraît d’abord difficile à soutenir en raison notamment de ses conséquences morales : elle obligerait à considérer les partisans contemporains de la peine de mort comme des superstitieux qui adhèrent sans raison à une doctrine démontrée comme fausse – tels d’hypothétiques partisans du géocentrisme ou de l’esclavage.
Toutefois, si la naissance de l’abolitionnisme appartient sans doute à l’histoire des sensibilités morales (naissance du sentiment de compassion, sensibilité nouvelle à la commune humanité des juges et des condamnés) comme à l’histoire des paradigmes de gouvernement (théories des limites de l’autorité, passage des théories de la souveraineté au paradigme biopolitique), elle s’explique aussi par l’apparition de nouveaux arguments.

Mais quels sont-ils ? Quels sont les verrous théoriques et idéologiques qu’il a fallu faire sauter pour transformer une évidence incontestée en objet de doute et de controverse ? Comment s’est opéré le très lent processus philosophique qui a fini par rendre contestable la prérogative du souverain sur la vie et la mort de ses sujets ?

Textes

Platon, Lois, IX.

Sénèque, De la colère.

Hobbes, Léviathan, II, 28.

Locke, Le second traité du gouvernement, § 3, 8, 11, 88, 172.

Pufendorf, Le Droit de la nature et des gens, livre VIII, chap. 1-3.

Montesquieu, L’Esprit des lois, livres VI et XII.

Rousseau, Du contrat social, I, 7 et II, 5.

Giuseppe Pelli, Contre la peine de mort.

Beccaria, Des délits et des peines.

Kant, Doctrine du droit (dans Métaphysique des mœurs, II), II, § 49, E (« Du droit de punition et de grâce »).

Études

Michel Foucault, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975 ; Histoire de la sexualité. 1. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, chap. V, p. 175-211.

Bertrand Guillarme, Penser la peine, Paris, PUF, 2003, chap. 7, p. 119-129.

Daniela Lapenna, Le Pouvoir de vie et de mort. Souveraineté et peine capitale, Paris, PUF, 2011.

Jacques Derrida, Séminaire. La peine de mort, vol. I (1999-2000), Paris, Galilée, 2012 ; Séminaire. La peine de mort, vol. II (2000-2001), Paris, Galilée, 2015.